Pixels Hunters The Taxi Photographer

[Pixels Hunters] The Taxi Photographer, le chasseur de beauté paysagiste

Ce numéro de Pixels Hunters pose ses valises au Cameroun. La nature a doté ce pays, comme bon nombre de pays d’Afrique d’un paysage à couper le souffle. Seulement, ces paysages ne sont pas suffisamment mis en avant et vus par le monde entier. Nous allons aujourd’hui à la renconcontre d’un photographe, qui a décidé de se spécialiser dans la capture des paysages. Faire découvrir cette beauté au monde entier est son objectif. Il nous raconte son parcours, ses débuts et nous livre quelques uns de ses secrets. Ernest Chi aka “The Taxi Photographer” est notre invité. D’ailleurs, commençons par lui demander d’où lui est venue l’idée de ce pseudonyme.

Pourquoi vous faites-vous appeler “The Taxi Photographer” ?

Avant de m’appeler de Taxi Photographer, je pratiquais déjà la photographie sous le nom “Ernesto The Che”. Je cherchais vraiment un nom original. Un jour, en parcourant mes photos dans la galerie de mon smartphone, j’ai fait la remarque que toutes les photos avaient été prises dans des taxis. En fait, je prenais les photos en ville lorsque j’étais dans les taxis, parce que j’avais un peu peur de prendre des photos dans la rue. On peut être en train de prendre des photos et se faire agresser ou se faire arrêter par la police. C’est souvent un casse-tête. C’est pour cela que je prenais les photos dans les taxis. Dès que j’ai fait la remarque, j’ai préféré en faire mon pseudonyme. Je le trouve simple et plutôt original.

La photographie de rue et de paysage est le style de photographie que vous pratiquez le plus. Comment en êtes-vous arrivé à la street photo ? Pur hasard ou une volonté de révéler la beauté des rues camerounaises ?

En terme de fréquence, je prends plus de photos de rue. Et ça, c’est parce que j’habite en ville. Donc, je suis dans la rue tout le temps et c’est l’environnement dans lequel je suis chaque jour. Parfois, les scènes de vie dans la rue sont très intéressantes et très poétiques. C’est juste en prenant des photos en ville que je suis arrivé à la street photo. Par contre, la photographie de paysage est celle dans laquelle je suis spécialisé. L’objectif pour moi est de révéler la beauté des paysages camerounais. Dans la rue, c’est plutôt la beauté des scènes de vie qui m’intéresse. Pas celles des rues, car au Cameroun, les rues ne sont pas très belles. La vie dans les rues est très belle par contre : cette volonté de se battre, de se surpasser des Camerounais est intéressante.

On dit qu’il y a beaucoup de brousse, de champs en Afrique. Cela rend-t-il vos photos de paysages meilleures ou s’agit-il simplement d’un cliché ?

Ce n’est pas qu’en Afrique qu’il y a la brousse. Il y a la brousse partout. Je ne crois pas que mes photos traduisent la brousse. Ce n’est pas la brousse qui rend les photos meilleures. Il faut déjà aimer la nature, pouvoir reconnaitre la beauté qu’il y a autour de nous. Et pouvoir capturer cette beauté : c’est là où l’aspect photographique entre en jeu.

Comment appréciez-vous le regard de la société camerounaise sur le métier de photographe ?

C’est triste. La photographie au Cameroun est traitée comme un métier de troisième ou de cinquième classe. Les camerounais sont habitués aux photographes qu’on retrouve dans les évènements à la mairie ou dans les soutenances. Et qui impriment les photos express. Malheureusement, c’est cette idée que les camerounais ont de la photographie. L’aspect artistique de la photographie est complètement ignoré au Cameroun. Je dirai que le métier de photographe est complètement dévalorisé au Cameroun. On ne contacte pas les photographes parce qu’on est photographe de paysages. Mais, parce qu’on veut des photos pour un évènement. Et on ne prévoit pas un budget photo, parce qu’on se dit que c’est une petite dépense. Ce qui n’est normalement pas le cas. Pouvoir capturer ces beaux moments n’est pas du tout facile. Beaucoup de personnes pensent que c’est facile et qu’il suffit de prendre un appareil et appuyer sur un bouton.

Quelle est la partie la plus complexe de votre processus de photographie : la prise de vue, la retouche… ?

C’est la prise de vue. Je pense que si la retouche est compliquée, cela signifie que la prise de vue n’a pas été bien faite. A moins que la retouche soit votre art. La clé, c’est durant la prise de vue. Quand je vois la scène, j’ai déjà une bonne idée de ce que je veux obtenir comme photo. Il faut gérer à ce moment là un certain nombre d’aspects techniques que beaucoup ignorent. Plusieurs se demandent pourquoi ils n’arrivent pas à reproduire les photos de photographes professionnels. C’est juste que le photographe applique un certain nombre de techniques inconnues du grand public. C’est ça qui fait très souvent la différence.

Quels sont vos petits secrets pour faire des photos de paysages uniques ?

"Pour faire des photos de paysages unique, le premier secret, c'est de nettoyer son appareil." @chi_ernest Click To Tweet

On a souvent l’appareil des les poches ou dans les sacs. Très souvent, il se salit. Si vous prenez les photos avec un appareil sale, vous n’aurez pas un bon résultat. Ensuite, je dirai qu’il faut toujours essayer de garder l’horizon droit en prenant les photos. Cela peut paraître banal et basique, mais ça fait très souvent la différence. Je vais m’en arrêter là et vous inviter à me suivre sur mes pages pour en découvrir plus.

Quel rôle joue aujourd’hui les réseaux sociaux, notamment Twitter et Instagram dans la pratique de votre métier ?

J’aurais pu prendre ces photos et les garder pour moi. Mon objectif quand je commençais était de montrer cette beauté qu’il y a autour de nous à tout le monde. Twitter et Instagram jouent un grand rôle dans ce que je fais. Car, ce sont les canaux par lesquels je partage le plus mes clichés. Les communautés sur Twitter et Instagram m’ont vraiment appuyé dans tout ce que je fais depuis 2018. Je leur suis vraiment reconnaissant.

Aussi, Instagram joue un rôle éducatif pour moi. Je suis beaucoup de photographes sur Instagram. Juste en regardant leurs photos, on a de nouvelles idées et on apprend de nouvelles techniques. Mes modèles quand je débutais la photographie étaient des étrangers : Paul Clark, Alexa Hope. Ils m’ont beaucoup inspiré avec Peter McKinnon, Daniel Ernest (qui a le même prénom que moi). J’en suivais énormément pour avoir certaines astuces, et voir comment ils photographiaient.

Qu’est-ce qui vous rend le plus fier en tant que photographe ?

Ce qui me rend le plus en tant que photographe, c’est lorsqu’un camerounais voit mes photos et qu’il n’arrive à croire qu’elles ont été prises au Cameroun. Que ces merveilles existent bien chez nous. Le Cameroun est vraiment beau, du point de vue du paysage naturel. C’est vraiment magnifique. Par exemple, à Rhumsiki, à l’extreme Nord du pays, on se croirait sur la planète Mars. Ce qui me rend fier en tant que photographe, c’est aussi que les gens découvrent les belles choses autour d’elles grâce à mes photos. L’une des choses qui m’a le plus touchée, c’est le soutien que j’ai reçu quand me suis lancé sur Twitter. Et l’intérêt que les jeunes ont eu ensuite pour la photographie. Il y a aussi une grande satisfaction personnelle quand je prends ces belles photos.

Quels sont vos objectifs pour les prochaines années dans la photographie ?

J’aimerais beaucoup plus voyager. Faire beaucoup plus de trips, pas pour me détendre. Mais, plus de voyages de découverte, afin de capturer plus de beaux paysages. Je n’ai pas pu beaucoup voyager ces deux dernières années, à cause de la crise sanitaire. J’espère pouvoir voyager plus cette année.

Votre mot de fin

Il y a de nombreux photographes aujourd’hui qui s’expriment. Si vous lisez ceci, c’est que vous avez probablement un smartphone. Et c’est largement suffisant pour débuter la photographie. Au début, je ne partageais que les photos que je prenais avec mon smartphone sur Twitter. Cela n’a pas empêché tout l’enthousiasme autour de ces images. En terme de matériel, vous avez déjà ce qu’il faut. Ce qu’il vous manque, c’est de commencer à capturer les belles choses qui vous entourent. Ce sera mon mot de fin.

C’est sur ces encourageants mots du Taxi Photographer, qui donnent envie de se lancer dans l’aventure de la photographie, que nous mettons un terme à cet échange. Nous vous invitons à découvrir d’autres parcours inspirants et émergents de la photographie dans les précédents numéros de Pixels Hunters.