"La croisée des nus", exposition conjointe de Cécile Quenum et Erick-Christian Ahounou

Un tour à La Croisée Des Nus

Si la photo de nu était un péché, Dieu qui nous a créé nu, et qui nous a contemplé depuis le commencement, serait le plus grand pécheur… Click To Tweet

Tels sont les mots de Djamile Mama Gao, promoteur de La croisée des nus, une exposition peu habituelle qui se tient depuis le 23 mars 2018 au centre Artisttik Africa de Cotonou. Selon Djamile, qui est aussi l’initiateur du tout premier Festival Africain De La Photo De Nu, cette exposition est une sorte d’avant-première pour évaluer l’intérêt que porte le public béninois pour le nu artistique.

Une photo de l'exposition "La croisée des nus"

Oui, oui, au cas où vous ne l’auriez pas encore compris, on parle bien d’une exposition où vous pourrez admirer en toute tranquillité de magnifiques corps d’hommes et de femmes nus ! Bon plus sérieusement, La croisée des nus présente le regard artistique de deux photographes: Cécile Quenum et Erick-Christian Ahounou sur le corps noir. La beauté des photos exposées, vous feront voyager à la découverte et à la redécouverte de la splendeur naturelle des corps d’ébène.

Une photo de l'exposition "La croisée des nus"

Les courbes féminines, les poses, les muscles masculins, les parties intimes subtilement masquées, le noir et blanc des photos... tout est art! Click To Tweet

Et face à la beauté et à la qualité du travail de Cécile et Erick, nous avons voulu mieux les connaitre et vous les faire connaître un peu plus. Dans cette interview, ils se révèlent à nous et nous racontent leur histoire avec la photographie de nu.

Des photos de l'exposition "La croisée des nus"

 

Comment votre histoire avec la photographie de nu a t-elle commencé?

Cécile: Mes premières photos de nu ont été faites à la demande d’une cliente. Elle m’a simplement expliqué qu’elle cherchait une femme photographe et envoyé le style de photos qu’elle souhaitait. Je me suis dit pourquoi pas, c’est aussi mon métier. Je m’attendais à voir au studio une femme sûre d’elle mais je me suis retrouvée face à une personne pleine de doutes et qui s’était en fait lancée un défi à elle-même. Suite à une rupture sentimentale, elle voulait se prouver qu’elle était belle. Mon premier nu masculin a aussi été fait à la demande d’un homme qui voulait se faire un book pour postuler comme mannequin spécial lingerie, et il est d’ailleurs parvenu à décrocher des contrats.

Erick: En 1992, j’ai effectué un stage autour de la prise de vue, du traitement en laboratoire dans le Sud de la France, Pertuis auprès de Pierre Jean AMAR. Mon maître de stage avait la particularité de faire du nu, de corps sans tête. Face à la beauté des photos, je m’étais promis de pouvoir un jour traiter de ce sujet. En 1998, je faisais à la Médiathèque de la Diaspora à Cotonou, ma première exposition: Érotisme du Regard.

 

Rencontrez-vous des difficultés particulières pour faire de la photographie de nu dans des environnements comme celui du Bénin où cet art est encore mal compris et assimilé à de la pornographie?

A cette question, Erick rit et demande: “Pornographie !?” puis il complète: “Mes premières années ont été difficiles, je l’avoue, mais par un coup du destin, plus précisément médiatique, l’émission Face cachée de LC2, m’a ouvert la porte et balisé le terrain. Aujourd’hui, je ne galère plus beaucoup pour trouver des modèles.”

 

Quand on voit vos magnifiques photos, on se dit qu’il a dû falloir énormément de temps pour en arriver à ces résultats. En moyenne, combien de temps vous prend la réalisation d’un nu?

Erick: Honnêtement, aujourd’hui comparé à mes débuts c’est du pain béni. Entre 2 et 3 heures pour shooter un modèle. Avec le temps, je sélectionne plus facilement le fichier à traiter, balance une sur Facebook et Instagram, pour en quelque sorte un sondage d’opinion sur le modèle en général. Mais disons pour revenir à votre question que tout dépend de l’urgence des événements pour la suite après les 2 à 3 heures de shooting.

Une photo de l'exposition "La croisée des nus"

Cécile: Une séance photo prend en général entre 1h30 et 3h. Il y a pour ma part, un travail préparatoire en amont, une rencontre préalable avec le modèle pour définir son souhait (si c’est une cliente) ou le mien si c’est un modèle avec qui je travaille en collaboration artistique. Egalement pour donner des conseils comme d’éviter de porter des vêtements serrants en venant au studio, et des conseils d’ordre esthétique (épilation, soigner ses mains etc…), et répondre à toutes les questions que peut se poser le modèle. Cette rencontre permet de dissiper les craintes éventuelles du modèle et de démarrer la séance en toute confiance.

Une photo de l'exposition "La croisée des nus"

 

Avez-vous des critères particuliers qui vous guident dans le choix d’un modèle?

Erick: Mon choix se fait vraiment au feeling. Actuellement, je recherche plus des femmes rondes qui s’assument et ce n’est pas vraiment évident.

 

Parmi toutes vos photos exposées, y a t-il une que vous aimez particulièrement plus que les autres? Si oui, quelle est son histoire?

Erick nous apprend qu’il aime toutes ses photos, sinon qu’il ne les montrerait pas, elles seraient passées à la guillotine lors de la sélection. Par contre, Cécile quoiqu’elle aime toutes ces photos nous raconte une petite histoire par rapport à une de ses photos.

Cécile: Une de mes photos préférées a été faite, il y a 10 ans. Le modèle est un homme béninois. Il m’a raconté à quel point le corps qu’il avait était le fruit d’une décision motivée par le fait qu’il était tellement maigre qu’on se moquait toujours de lui et qu’il avait décidé et travaillé pour avoir le corps de ses rêves. Cette histoire m’a beaucoup touchée et m’a aussi fait voir autrement les corps musclés. Il y a énormément de travail derrière et la motivation n’est pas toujours aussi futile qu’on peut l’imaginer. J’avais de plus perdu l’accès à ce fichier suite à un crash de disque dur et un ami a pu me le récupérer 🙂.

L'une des photos préférées de Cécile
L’une des photos préférées de Cécile

 

Toutes les photos sont en blanc et noir. Pourquoi?

Cecile: Le noir et blanc est mon mode d’expression photographique préféré. Je suis de l’ère de la photo argentique. J’ai commencé la photo dans un labo noir et blanc, à développer mes images moi-même à 10 ans. Je trouve que le noir et blanc permet de mettre le sujet en valeur selon l’interprétation du photographe. J’aime travailler le clair obscur dans la photo de nu pour mettre en lumière ce que j’ai envie de montrer et uniquement cela.

Je trouve que le noir et blanc permet de mettre le sujet en valeur selon l’interprétation du photographe. Click To Tweet

Erick: Le noir et blanc est beau, c’est la couleur de l’art… En dehors de son côté esthétique, pour moi,  c’est la manière de magnifier la beauté des corps que je photographie, sans vraiment faire sortir les éventuelles imperfections de la peau.

Le noir et blanc est beau, c'est la couleur de l'art...,  c'est la manière de magnifier la beauté des corps que je photographie... Click To Tweet

 

Pour finir, avez-vous un mot spécial pour convier ceux qui ne sont pas encore venus à l’exposition?

Erick: C’est la dernière semaine de l’exposition, c’est maintenant, alors faites un tour pour donner à manger à vos yeux!

Une photo de l'exposition "La croisée des nus"

Erick a raison, et jusqu’au 13 avril 2018, vous pouvez encore vous rendre à La croisée des nus au centre Artisttik Africa pour découvrir le magnifique travail de ce duo de photographes formé de Cécile et Erick.