[Pixels Hunters] Xtincell, une étoile qui brille dans la photographie

C’est déjà notre sixième rencontre avec un photographe émergent du continent. Aujourd’hui, on vous propose de rencontrer un jeune camerounais. Il est spécialiste dans la photographie d’évènementiel. Il a accepté de nous parler de sa passion, des difficultés qu’il a rencontrées durant son ascension… Et surtout des conseils, qui vous seront certainement utiles, si vous débutez dans ce métier. Sans plus tarder, découvrons l’univers d’Xtincell.

Xtincell, c’est pour les étincelles que vous faites dans la photographie ou… ? Expliquez-nous !

Rires. Non, Xtincell, c’est une réflexion personnelle sur la taille de l’humain à l’échelle de l’espace. Pour moi, je pense que toutes les personnes brillantes sont des étincelles à l’échelle du cosmos. C’est très philosophique. Et que ce soit dans la photographie ou ailleurs, j’essaie toujours de collaborer avec des personnes brillantes. Peu importe la taille, je pense que toutes les lumières méritent d’être capturées.

Les marques, les artistes, les mariages.. Ces mots résument-ils bien l’univers photographique que vous pratiquez ?

Pas exactement. Les marques, c’est par état de cause. En travaillant avec les marques, en tant que directeur créatif, j’essaie de m’impliquer dans les projets pour permettre à mes collaborateurs créatifs de sortir le meilleur. Ensuite, les mariages, parce qu’il y a toujours quelque chose de passionnant et de passionnel à immortaliser une alliance. Mais, rien ne me fait plus kiffer que de travailler avec des artistes, surtout les musiciens. Parce que c’est dans la musique que je pense que s’exprime la passion la plus pure : l’amour, le dévouement, le temps de préparation… Travailler avec des artistes, change la manière de réfléchir et d’aborder la vie.

Pourquoi vous-êtes-vous spécialisé dans ces styles de photos ? Est-ce une réponse aux demandes du marché ou un choix calqué sur vos qualités avant tout ?

Je pense que mon pseudonyme le résume assez bien. C’est parce que c’est l’environnement dans lequel les gens se donnent le plus à fond. Je cherche à capturer les moments de la fatigue, de l’émotion, de l’implication, de l’intentionnalité des artistes. Que ce soit sur scène ou dans leur vie, je fais aussi beaucoup de backstage par exemple, pour montrer comment les artistes et les équipes créatives travaillent autour d’eux, pour qu’on voit l’envers du décor : le son, la sueur, les larmes qu’il y a souvent derrière les projets de quelques minutes. Et ces petites lumières qui travaillent pour que la lumière globale soit énorme, c’est ce qui me fascine et qui attire mon œil et ma caméra.

Quelle est la plus grande difficulté à laquelle vous avez été confrontée ?

La première difficulté a été l’aspect financier, comme pour beaucoup d’activités créatives en Afrique.

Comment surmontez-vous les difficultés autour de la pratique de ce style de photos ?

J’ai fait beaucoup de petits travaux, histoire de gagner en notoriété et en compétence. C’est super important de se faire un nom dans ce milieu, de choisir un couloir et de ne pas se disperser. Après les petits travaux, j’ai organisé une levée de fonds auprès de mes proches. C’est grâce à eux que j’ai acquis mon premier matériel. Ensuite, j’ai pu faire évoluer le rester de mon équipement par moi-même. Je fais en plus, beaucoup de recherches techniques pour pouvoir exécuter l’aspect créatif qu’on attend de moi.

Réussir dans la photographie de marque ou l’évènementiel passe aussi par l’acquisition du matériel. Comment avez-vous procédé et cela a-t-il été plus ou moins simple depuis votre pays ?

Cela n’a pas été aisé. J’ai eu la chance de pouvoir collaborer avec une marque locale, Motion19.com. Grâce à elle, j’ai pu avoir accès à du matériel, d’abord prêté (en echange de service) puis acheté. C’est ce qui m’a permis de monter rapidement en qualité en peu de temps. Et de me démarquer durant la campagne média et le concert de Charlotte Dipanda. 

Comment vous y prenez justement pour rentabiliser cet investissement ? Et est-ce toujours simple face aux réticences que l’on connaît sur les marchés africains de photographie ? Et est-ce simple de se concentrer uniquement sur la photographie pour amortir les investissements ? Autrement dit, le métier de photographe se suffit-il ?

Pour la rentabilisation, c’est beaucoup de jonglage. A côté de la photographie de concerts et des mariages. Je fais de la communication et de la direction artistique pour les marques et du conseil pour permettre à d’autres créatifs de mieux se gérer en terme de comptabilité, de stratégie, de personal branding… Donc, le métier de photographe ne me suffit pas encore pour le moment. Rires.

Votre parcours est assez atypique. Et vous n’hésitez pas à partager avec la communauté votre expérience et des petits tips, pas que pour les photographes, mais pour tous les créatifs. Créapreneur est-il un moyen de combler le manque d’orientation que vous avez eu au début ?

Je sors d’une formation de télécoms & Réseaux. Quand j’ai décidé de virer de l’ingénierie pour la création, je tâtonnais. Il y avait énormément de contenus anglophones. Trouver du contenu francophone était compliqué. Trouver du contenu d’Afrique francophone, c’était encore plus compliqué. Je voulais des conseils qui soient basés sur mes réalités. Et qui ne me demandaient pas forcément à chaque fois de commander sur Amazon.  Et sachant qu’Amazon ne livre pas au Cameroun, c’était frustrant. J’ai un grand frère qui me ramène des choses deux fois par an. Mais tout ça coute toujours très cher. Il a fallu optimiser au maximum ce que j’avais. Et c’est toutes ces difficultés-là qui m’ont poussé à partager autant.

Crédit : Xtincell

Si vous devriez recommander trois outils  aux jeunes photographes qui souhaitent se spécialiser dans la photographie de marque ou dans l’évènementiel, lesquels recommanderiez-vous  ?

Je dirai d’abord, une application de comptabilité comme Waveapp (gratuit). C’est important de savoir ce que vous valez et comment amortir votre matériel. Il vous faut ensuite un outil de gestion, pour des plannings, pour s’organiser et gérer ses rendez-vous. Je gère ça avec Siri (Apple). Enfin, je recommanderai de payer un compte Lightroom ou Photoshop pour le traitement de photo. On n’en a pas forcément l’impression, mais avoir des outils payants vous rend beaucoup plus efficace. Les outils payants ont toujours des fonctionnalités que les outils gratuits n’ont pas. Je pense que tout entrepreneur du digital a besoin au moins des deux premiers outils. A moins d’être extrêmement bien organisé ou d’avoir un assistant.

Que pensez-vous qu’il faut améliorer chez les photographes africains en général, pour professionnaliser le secteur ?

Je pense qu’il faut vulgariser le fait d’avoir son propre site internet et de présenter son travail. Il faut vulgariser le fait d’avoir un assistant, qui documente son parcours et qui montre l’envers du décor. Il est important d’avoir également une banque, qui arrive à suivre, parce que les collaborations à l’extérieur peuvent en dépendre. Avoir ses papiers et être enregistré au registre de commerce est aussi important. Je pense que ça aide sur le court, moyen et le long terme. Cela joue sur le sérieux et crée un besoin de discipline. Tout ça joue pour améliorer le secteur en général.

Je pense qu'il faut vulgariser le fait d'avoir son propre site internet et de présenter son travail. Je pense que ça aide sur le court, moyen et le long terme. – @Xtincell Click To Tweet

Y a-t-il un(e) / des photographe(s) qui vous inspirent ?

Les photographes, qui m’inspirent : il y en a beaucoup. Yik Keat il a fini son service militaire et investi tout son solde dans un canon 1dx pour commencer directement sa passion. Laura Gilli (laurag_photo) et Jess Gleeson, deux femmes photographes de concert qui ont un truc dans leur capacité à saisir l’énergie et l’émotion. Y en a un que je n’assume plus : Peter McKinnon. Un photographe canadien EXTREMENT populaire. Il donne parfois l’impression d’avoir réussi du jour au lendemain. Mais, c’est quelqu’un qui travaillé pendant 7 ans en off en tant qu’assistant avant de se lancer à son propre compte et de se lancer à plein temps sur youtube.

Au Cameroun, j’aime beaucoup la croissance de Stéphane Nounamo, The Student Photographer. Comme Peter, Il s’est préparé avant de se lancer. Du coup, son parcours donne l’impression qu’il a accéléré super vite. Mais en fait, il a tout fait dans les règles. Il a énormément de discipline, si bien que son rayonnement actuel me rend fier de lui. Pour le style, Kreative Kwame. C’est le prototype même du photographe engagé. Comme avec son dernier projet : @weareallliquid . Je suis sûr qu’il ne sait pas que je suis fan de lui.

Sinon, qui est Xtincell à l’état civil ?

A l’état civil, Xtincell, c’est Alexandre. Je suis ingénieur en sécurité et télécommunication réseau de formation. J’ai commencé la création par le design en agence pendant deux ans et demi. Un peu de communication et vente chez Drone Africa avec William Elong. Ensuite, j’ai viré en photographie. D’abord dans le e-commerce, où je faisais des photos produits. Près de 3 ans de design en agence avec BiMstr et pendant le processus, je suis tombé amoureux de la photographie de concert. Aujourd’hui, c’est majoritairement ce que je fais. Et j’adore ça. Quand je ne suis pas en train de faire des photos, ou de conseiller un pote créatif, je passe beaucoup de temps au cinéma ou à écouter de la musique. Je regarde aussi beaucoup d’anime. Ho et j’ai la trentaine (pour ceux que ça intéresse).

Sinon, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour les prochaines années ?

Ce qu’on peut me souhaiter, c’est que j’arrive à transmettre ma passion à beaucoup plus de personnes, comme Irawo. Ma passion et la discipline aussi, un peu, parce que je ne suis pas du tout discipliné à la base. Je me fais violence. J’aimerais aussi voyager, découvrir plus le Cameroun et l’Afrique en général. Essayer à travers ces voyages d’exporter toute cette connaissance que mon entourage et mes expériences m’apportent. Inspirer d’autres et continuer à être inspiré. Et que les problèmes financiers ne soient pas des freins pour pouvoir me développer. Et développer mon univers.

Votre mot de fin

C’était Alexandre Xtincell, le geek de brousse, peace !